Décisions interdisant des publicités pour des médicaments mentionnées à l'article L. 551, premier alinéa, du code de la santé publique, destinées aux personnes appelées à prescrire ou délivrer ces médicaments ou à les utiliser dans l'exercice de leur art

Version INITIALE

NOR : SANM9500831S

  • Par décision du directeur général de l'Agence du médicament en date du 6 mars 1995:
    Considérant que les laboratoires Jouveinal, 1, rue des Moissons, B.P. 100,
    94265 Fresnes Cedex, ont diffusé une publicité concernant la spécialité Claramid intitulée: < < Claramid, une gamme de comprimés, de l'adulte à l'enfant > >;
    Considérant que la publicité ne donne pas une présentation objective de la spécialité Claramid:
    La présentation de la spécialité Claramid est susceptible d'induire en erreur le prescripteur en l'incitant à prescrire préférentiellement Claramid plutôt qu'un autre macrolide;
    Claramid est présenté comme ayant une activité supérieure aux autres macrolides par des allégations telles que: < < Claramid, une activité antibactérienne supérieure à celle des autres macrolides de l'enfant > > (p.
    8):
    < < - les taux de succès clinique et bactériologique obtenus avec Claramid... se sont révélés significativement supérieurs à ceux des comparateurs (Céfaclor ou érythromycine) (p. 9);
    < < - Biodisponibilité optimale de 85 p. 100 et donc supérieure à celle des autres macrolides > > (p. 5), et notamment vis-à-vis de la clarithromycine par des allégations telles que < < Claramid, une efficacité supérieure à la clarithromycine et une meilleure tolérance (p. 19).
    < < L'efficacité et la tolérance de Claramid se sont ainsi révélées significativement supérieures à celles de plus récents macrolides tels que la clarithromycine (p. 39), ce qui n'est pas acceptable au regard des spectres d'activité de l'ensemble des macrolides. > > Ces affirmations apparaissent comme n'ayant pas de fondement scientifique fiable, les comparaisons n'étant pas probantes, en effet:
    A. - Concernant les macrolides:
    1. CMI:
    En page 8, présentation d'un tableau comparant les CMI 50 (mg/l) des macrolides utilisés chez l'enfant. Or l'érythromycine utilisable en pédiatrie et qui est une référence tant pour son efficacité que sa tolérance n'est pas citée.
    Haemophilus influenzae est résistant aux deux comparateurs choisis, à savoir: spiramycine et josamycine.
    2. Efficacité clinique:
    En page 19, dans le tableau: Efficacité clinique comparée de Claramid chez l'adulte, des pourcentages d'efficacité sont donnés pour Claramid, d'autres macrolides et des comparateurs non macrolides dans différentes pathologies.
    Or ces pourcentages proviennent d'un pool de vingt-deux études (dont sept en ouvert, non comparatives et dont les effectifs ne sont pas précisés), ôtant ainsi toute signification aux différences de pourcentage et ne permettant pas de ce fait d'aboutir à une conclusion probante.
    3. Haemophilus influenzae:
    En page 9, l'affirmation de la supériorité clinique et bactériologique de Claramid par rapport à d'autres antibiotiques sur le germe Haemophilus influenzae est fondé sur une méta-analyse méthodologiquement peu fiable,
    portant sur 384 cas d'infections respiratoires hautes ou basses à H.
    influenzae.
    Or le commentaire de l'étude qui en est fait dans la publicité est simplifié par rapport à l'étude elle-même qui:
    Avance une efficacité significativement supérieure de la roxithromycine sur l'érythromycine sur la base d'un effectif de quatorze patients seulement traités par érythromycine, toutes infections respiratoires hautes et basses confondues;
    Ne conclut pas, contrairement à la publicité, à une supériorité de Claramid sur Céfaclor.
    Rapporte une efficacité comparable vis-à-vis du co-amoxy-clavulanate,
    information non reprise dans la publicité pour Claramid.
    4. Biodisponibilité:
    Le taux de 85 p. 100 n'est pas justifié.
    B. - Concernant la clarithromycine:
    1. Efficacité:
    L'affirmation de la supériorité de Claramid sur la clarithromycine est étayée par trois études dont le choix apparaît comme étant partial.
    En effet:
    Référence 29 (pour l'angine): on choisit de présenter le résultat significatif en faveur de Claramid (étude ouverte et sur 63 cas d'angine),
    alors que d'autres études ne montrant pas de différences ne sont pas présentées;
    Référence 30 (broncho-pneumopathie): l'intitulé n'est pas exact et devrait être remplacé par: < < infections des voies aériennes inférieures > > parmi lesquelles il n'y a que six pneumopathies, le reste étant constitué par des bronchites, l'absence de différence entre ces deux groupes n'étant pas signalée;
    Référence 31 (pneumonie): l'absence de différence significative n'est pas signalée.
    2. Tolérance:
    La supériorité de Claramid sur la clarithromycine en matière de tolérance est illustrée par un schéma en page 21. Le commentaire et l'absence de précision dans le diagramme peuvent laisser penser que la comparaison porte sur un effectif de 40 000 patients alors qu'elle n'en concerne que 195. Tel qu'il est présenté, cet histogramme est inacceptable;
    Considérant que la publicité ne respecte pas les dispositions de l'autorisation de mise sur le marché:
    1. En pages 22 et 23: il est fait état de nouvelles perspectives thérapeutiques pour Claramid telles que les infections opportunistes du sida ou les récidives de la maladie ulcéreuse gastro-duodénale alors que ces indications ne sont pas validées par la décision d'autorisation de mise sur le marché;
    2. En page 9 il est indiqué < < le cas d'Haemophilus influenzae est un bon exemple de l'efficacité antibactérienne de Claramid > >, alors que le germe est classé dans les espèces modérément sensibles à la roxithromycine;
    Considérant que la publicité n'apparaît pas comme étant favorable au bon usage du médicament:
    1. Des informations primordiales pour le prescripteur sont occultées: le problème de résistance croisée des pneumocoques aux macrolides n'est pas mentionné (environ 25 à 30 p. 100 des souches), notamment en pages 7, 8 et 20 où il est question de l'activité des macrolides et de Claramid en particulier sur ce germe.
    De plus, la CMI 50 citée en page 7 ne prend en compte que les germes sensibles, ce qui n'est pas scientifiquement acceptable.
    2. Un certain nombre d'erreurs et d'imprécisions apparaissent dans le document:
    Page 5 il est indiqué < < concentrations tissulaires sont supérieures aux CMI des germes > > sans que soit précisé: < < germes sensibles > >.
    Page 11: sont comparés des macrolides utilisés en pédiatrie, or l'azithromycine et la clarithromycine qui n'ont pas l'indication en pédiatrie n'ont pas à figurer dans ce tableau.
    Page 12: le commentaire concernant la bactéricidie n'est pas clair.
    Page 13: concernant l'effet post-antibiotique, il n'est pas souligné que les conséquences cliniques pratiques de ces faits sont inconnues.
    Page 14: concernant l'effet immunostimulant, il n'est pas souligné qu'il n'y a pas de conséquences cliniques démontrées de cet effet;
    Considérant qu'en conséquence ce document est manifestement contraire aux dispositions de l'article L. 551-1 du code de la santé publique,
    la publicité pour la spécialité pharmaceutique Claramid reprenant les allégations mentionnées ci-dessus est interdite.