Conseil d'Etat, 9 / 10 SSR, du 28 octobre 2002, 232060, mentionné aux tables du recueil Lebon
Texte intégral
Conseil d'Etat - 9 / 10 SSR
N° 232060
Mentionné dans les tables du recueil Lebon
Lecture du lundi 28 octobre 2002
Président
M. Labetoulle
Rapporteur
M. Ménéménis
Commissaire du gouvernement
M. Vallée
RÉPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Sur la délibération du conseil municipal de Moisselles en date du 26 mai 1986 : Considérant que, par la délibération susvisée, le conseil municipal de Moisselles a décidé, en application des dispositions de l'article 6-I de la loi susvisée du 2 mars 1982 alors en vigueur, d'accorder la garantie de la commune à une Société d'économie mixte, la société moisselloise d'aménagement et de construction ("Somac"), pour des travaux immobiliers que celle-ci envisageait de réaliser ; qu'il a, par la même délibération, confié au maire de la commune, en application des dispositions alors en vigueur de l'article L. 122-19 du code des communes aujourd'hui reprises à l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales, le soin d'exécuter sa décision, en l'autorisant à intervenir aux contrats de prêt entre la "Somac" et les différents organismes prêteurs ; Considérant qu'une telle délibération, par laquelle le conseil municipal a exercé une compétence qui lui est propre et a autorisé le maire à prendre les mesures d'exécution qu'elle impliquait, devait définir avec précision l'objet et le montant du ou des emprunts à garantir, ainsi que les conditions de mise en oeuvre de la garantie communale ; qu'en se bornant à prévoir que la caution serait "limitée à hauteur des sommes qui seront empruntées par la "Somac" pour lui permettre de réaliser les opérations rentrant dans son objet social et pouvant éventuellement atteindre un total de 35 MF", le conseil municipal de Moisselles n'a pas défini l'objet des emprunts en cause ni suffisamment précisé leur montant et a, par suite, méconnu l'étendue de sa compétence ; qu'ainsi, la COMMUNE DE MOISSELLES est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement en date du 6 novembre 2000, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à ce que sa délibération en date du 26 mai 1986 soit déclarée illégale ; Sur "l'acte de cautionnement" signé par le maire de Moisselles le 19 juillet 1988 : Considérant que, par l'acte susvisé, le maire de Moisselles est intervenu au contrat de prêt, conclu le 12 juillet 1988 entre la Banque Pétrofigaz et la "Somac" ; que cet acte de cautionnement, qui est l'accessoire d'un contrat de prêt de droit privé, qui n'a pas pour objet l'exécution d'une mission de service public et ne contient aucune clause exorbitante du droit commun, a la nature d'un contrat de droit privé ; Considérant qu'il suit de là que le juge administratif n'est pas compétent pour se prononcer sur la nullité ou le défaut de caractère exécutoire dont serait entaché cet acte de cautionnement ; qu'ainsi, le jugement du tribunal administratif de Versailles du 6 novembre 2000, en tant qu'il s'est prononcé sur sa légalité et son caractère exécutoire de cautionnement du 19 juillet 1988, doit être annulé ; Considérant qu'il y a lieu d'évoquer et de statuer immédiatement sur cette demande ; Considérant que la demande de la COMMUNE DE MOISSELLES relative à l'acte de cautionnement doit être rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître ;
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Versailles du 6 novembre 2000 est annulé.
Article 2 : La délibération de la COMMUNE DE MOISSELLES en date du 26 mai 1986 est déclarée illégale.
Article 3 : Les conclusions de la COMMUNE DE MOISSELLES tendant à ce que soit déclaré illégal ou à tout le moins dépourvu de caractère exécutoire l'acte de cautionnement du 19 juillet 1988 sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à la COMMUNE DE MOISSELLES, à la Banque Pétrofigaz et au ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales.
Analyse
CETAT135-01-06-02 COLLECTIVITES TERRITORIALES - DISPOSITIONS GENERALES - DISPOSITIONS ECONOMIQUES - SOCIETES D'ECONOMIE MIXTE LOCALES - Garantie accordée par une commune aux emprunts souscrits par une société d'économie mixte - Délibération du conseil municipal - Légalité - Conditions - Définition précise de l'objet et du montant des emprunts à garantir et des conditions de mise en oeuvre de la garantie communale.
CETAT135-02-03-04-02 COLLECTIVITES TERRITORIALES - COMMUNE - ATTRIBUTIONS - INTERVENTIONS ECONOMIQUES (VOIR SUPRA DISPOSITIONS GENERALES) - GARANTIES D'EMPRUNT - Garantie accordée par une commune aux emprunts souscrits par une société d'économie mixte - Délibération du conseil municipal - Légalité - Conditions - Définition précise de l'objet et du montant des emprunts à garantir et des conditions de mise en oeuvre de la garantie communale.
CETAT17-03-02-03-01,RJ1 COMPETENCE - REPARTITION DES COMPETENCES ENTRE LES DEUX ORDRES DE JURIDICTION - COMPETENCE DETERMINEE PAR UN CRITERE JURISPRUDENTIEL - CONTRATS - CONTRATS DE DROIT PRIVE - Accessoire d'un contrat de droit privé - Existence - Acte de cautionnement, par une commune, d'un emprunt souscrit par une société d'économie mixte auprès d'un établissement de crédit (1).
135-01-06-02, 135-02-03-04-02 Une délibération par laquelle un conseil municipal décide, en application des dispositions de l'article 6-1 de la loi du 2 mars 1982 alors en vigueur, d'accorder la garantie de la commune aux emprunts d'une société d'économie mixte pour des travaux immobiliers que celle-ci envisage de réaliser et autorise le maire à prendre les mesures d'exécution qu'elle implique, doit définir avec précision l'objet et le montant du ou des emprunts à garantir, ainsi que les conditions de mise en oeuvre de la garantie communale. En se bornant à prévoir que la caution serait "limitée à hauteur des sommes qui seront empruntées par une société d'économie mixte pour lui permettre de réaliser les opérations rentrant dans son objet social et pouvant éventuellement atteindre un total de 35 MF", un conseil municipal ne définit pas l'objet des emprunts en cause ni ne précise suffisamment leur montant et, par suite, méconnaît l'étendue de sa compétence.
17-03-02-03-01 L'acte de cautionnement, par une commune, d'un emprunt souscrit par une société d'économie mixte auprès d'un établissement de crédit, qui est l'accessoire d'un contrat de prêt de droit privé, qui n'a pas pour objet l'exécution d'une mission de service public et ne contient aucune clause exorbitante du droit commun, a la nature d'un contrat de droit privé. Par suite, le juge administratif n'est pas compétent pour se prononcer sur la nullité ou le défaut de caractère exécutoire dont serait entaché cet acte de cautionnement.
1. Cf. 1995-12-29 S.A. "Natio Energie", T. p. 719.