Conseil d'Etat, 6 / 2 SSR, du 8 juillet 1996, 128579, mentionné aux tables du recueil Lebon
Texte intégral
Conseil d'Etat - 6 / 2 SSR
N° 128579
Mentionné dans les tables du recueil Lebon
Lecture du lundi 08 juillet 1996
Président
M. Vught
Rapporteur
M. Marchand
Commissaire du gouvernement
M. Sanson
RÉPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Considérant qu'aux termes des dispositions de l'article 14-II de la loi du 22 juillet 1983 modifiée : "Le département a la charge des collèges. A ce titre, il assure la construction, la reconstruction, l'extension, les grosses réparations, l'équipement et le fonctionnement, à l'exception d'une part des dépenses pédagogiques à la charge de l'Etat dont la liste est arrêtée par décret et, d'autre part, des dépenses de personnels sous réserve des dispositions de l'article 26." ; qu'aux termes des dispositions de l'article 14-1-I de cette même loi : "Les biens meubles et immeubles sont de plein droit, à compter de la date du transfert de compétences, mis à la disposition du département à titre gratuit. Le département assume l'ensemble des obligations du propriétaire. Il possède tous pouvoirs de gestion. Il assure le renouvellement des biens mobiliers ; sous réserve des dispositions des articles 25 et 26 de la présente loi, il peut autoriser l'occupation des biens remis. Il agit en justice au lieu et place du propriétaire ( ...). Les opérations en cours à la date du transfert de compétence sont achevées selon le régime juridique et financier sous lequel elles ont été commencées." ; que le transfert de compétence visé par ces dispositions a eu lieu, en application du décret du 20 mars 1985, au 1er janvier 1986 ; Considérant que si les dispositions précitées substituent pour ce qui est des collèges le département dans les droits du propriétaire notamment en ce qui concerne les actions en responsabilité à l'égard des constructeurs engagées dans le cadre de la garantie décennale, ces dispositions n'ont pas pour effet de priver le propriétaire qui aurait subi, avant le transfert de compétence, un préjudice propre du fait de la carence des constructeurs, de demander à ces derniers réparation de ce préjudice ; qu'ainsi, en estimant que depuis le 1er janvier 1986, le département des Vosges avait seul qualité, à l'exclusion de la COMMUNE DE LA BRESSE, anciennement propriétaire du collège des Boudières, pour présenter des conclusions relatives à la partie des désordres affectant cet établissement qui avait donné lieu à des réparations dont cette commune avait seule supporté la charge, la cour administrative d'appel de Nancy a commis une erreur de droit ; que, dès lors, la COMMUNE DE LA BRESSE est fondée à demander l'annulation de l'arrêt attaqué ; qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de renvoyer l'affaire devant la cour administrative d'appel de Nancy ; Sur les conclusions tendant à l'application de l'article 75-I de la loi du 10 juillet 1991 : Considérant qu'il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner, en application des dispositions de l'article 75-I de la loi du 10 juillet 1991, la société Sovopar, M. X... et l'Etat à verser à la COMMUNE DE LA BRESSE la somme de 10 000 F qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens ;
Article 1er : L'arrêt du 23 avril 1991 de la cour administrative d'appel de Nancy est annulé.
Article 2 : L'affaire est renvoyée devant la cour administrative d'appel de Nancy.
Article 3 : La société Sovopar, M. X... et l'Etat sont condamnés, en application de l'article 75I de la loi du 10 juillet 1991, à verser à la COMMUNE DE LA BRESSE une somme de 10 000 F.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la COMMUNE DE LA BRESSE est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à la COMMUNE DE LA BRESSE, à M. X..., à la société Sovopar et au ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Analyse
CETAT135-01-03,RJ1 COLLECTIVITES TERRITORIALES - DISPOSITIONS GENERALES - BIENS DES COLLECTIVITES TERRITORIALES -Transfert de la charge des collèges des communes aux départements par la loi du 22 juillet 1983 - Commune ayant assumé, avant la date du transfert, le coût de travaux de réfection d'un collège demeurant recevable à rechercher la responsabilité des constructeurs (1).
CETAT30-02-02-04-01,RJ1 ENSEIGNEMENT - QUESTIONS PROPRES AUX DIFFERENTES CATEGORIES D'ENSEIGNEMENT - ENSEIGNEMENT DU SECOND DEGRE - CONSTRUCTION DES ETABLISSEMENTS - COLLEGES -Action en responsabilité d'une commune contre les constructeurs d'un collège - Recevabilité, en dépit du transfert aux départements de la charge des collèges par la loi du 22 juillet 1983, dès lors que le préjudice allégué consiste dans le coût de travaux de réfection assumé par la commune avant ce transfert (1).
CETAT39-06-01-01,RJ1 MARCHES ET CONTRATS ADMINISTRATIFS - RAPPORTS ENTRE L'ARCHITECTE, L'ENTREPRENEUR ET LE MAITRE DE L'OUVRAGE - RESPONSABILITE DES CONSTRUCTEURS A L'EGARD DU MAITRE DE L'OUVRAGE - QUESTIONS GENERALES -Action en responsabilité engagée par une commune à l'encontre des constructeurs d'un collège - Recevabilité, en dépit du transfert aux département de la charge des collèges par la loi du 22 juillet 1983, dès lors que le préjudice allégué consiste dans le coût de travaux de réfection assumé par la commune avant ce transfert (1).
CETAT54-08-01-01-02,RJ1 PROCEDURE - VOIES DE RECOURS - APPEL - RECEVABILITE - QUALITE POUR FAIRE APPEL -Appel d'une commune contre un jugement rendu sur le litige l'opposant aux constructeurs d'un collège - Recevabilité, en dépit du transfert aux département de la charge des collèges par la loi du 22 juillet 1983, dès lors que le préjudice allégué consiste dans le coût de travaux de réfection assumé par la commune avant ce transfert (1).
135-01-03, 30-02-02-04-01, 39-06-01-01, 54-08-01-01-02 Si les dispositions de l'article 14-1-I de la loi du 22 juillet 1983 substituent le département dans les droits du propriétaire des collèges notamment en ce qui concerne les actions en responsabilité à l'égard des constructeurs engagés dans le cadre de la garantie décennale, elles n'ont pas pour effet de priver le propriétaire qui aurait subi, avant le transfert de compétence, un préjudice propre du fait de la carence des constructeurs, de la faculté de demander à ces derniers réparation de ce préjudice. Par suite, une commune ayant assumé, avant le transfert de compétence, la charge de travaux de réfection effectués à la suite de désordres ayant affecté un collège, a qualité, en dépit de ce transfert, pour faire appel du jugement rendu sur l'action qu'elle a engagée contre les constructeurs.
1. Inf. CAA de Nancy, 1991-04-23, Commune de la Bresse, n° 89NC00899, T. p.965 et 1156