Conseil d'Etat, 3 SS, du 22 juin 1994, 124183 125046, mentionné aux tables du recueil Lebon
Texte intégral
Conseil d'Etat - 3 SS
N° 124183 125046
Mentionné dans les tables du recueil Lebon
Lecture du mercredi 22 juin 1994
Président
Mme Aubin
Rapporteur
Mme Burguburu
Commissaire du gouvernement
M. Toutée
RÉPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Considérant que les requêtes susvisées présentent à juger la même question ; qu'il y a lieu de les joindre pour statuer par la même décision ; Considérant qu'aux termes de l'article 96 de la loi du 26 janvier 1984 : "La démission ne peut résulter que d'une demande écrite du fonctionnaire marquant sa volonté non équivoque de cesser ses fonctions (...)" ; Considérant qu'il résulte des pièces du dossier que, le 1er mars 1990, à la suite de reproches dont elle avait fait l'objet de la part de la directrice de l'école où elle était employée, Mme X..., femme de service, a été convoquée par le maire de Lançon-Provence et invitée à s'expliquer devant lui et deux de ses adjoints ; qu'au cours de cet entretien, Mme X... a rédigé et signé une lettre de démission ; que cette démission ayant été aussitôt acceptée, le maire, par arrêté du 2 mars 1990, a radié Mme X... des effectifs du personnel communal ; que cependant, par une lettre du 3 mars 1990 Mme X... a déclaré revenir sur la démission qu'elle avait présentée ; Considérant qu'eu égard aux circonstances dans lesquelles elle est intervenue, la démission de Mme X... doit être regardée comme ayant été donnée sous la contrainte ; que le fait qu'elle ait été acceptée par le maire ne faisait pas obstacle à ce que Mme X... la retire ; que, par suite, cette démission ne pouvait servir de fondement à l'arrêté de radiation des cadres intervenu le 3 mars 1990 ;
Considérant qu'il résulte de ce qui précède que la COMMUNE DE LANCON-PROVENCE n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a annulé cet arrêté ;
Article 1er : La requête de la COMMUNE DE LANCON-PROVENCE est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à COMMUNE DE LANCON-PROVENCE, à Mme X... et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire.
Analyse
CETAT16-06-09 COMMUNE - AGENTS COMMUNAUX - CESSATION DE FONCTIONS -Démission - Notion - Volonté non équivoque de cesser ses fonctions - Absence - Démission donnée sous la contrainte.
CETAT36-07-01-03 FONCTIONNAIRES ET AGENTS PUBLICS - STATUTS, DROITS, OBLIGATIONS ET GARANTIES - STATUT GENERAL DES FONCTIONNAIRES DE L'ETAT ET DES COLLECTIVITES LOCALES - DISPOSITIONS STATUTAIRES RELATIVES A LA FONCTION PUBLIQUE TERRITORIALE (LOI DU 26 JANVIER 1984) -Carrière et positions statutaires - Cessation de fonctions - Démission - Notion - Volonté non équivoque de cesser ses fonctions (article 96 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984) - Absence - Démission donnée sous la contrainte.
CETAT36-10-08 FONCTIONNAIRES ET AGENTS PUBLICS - CESSATION DE FONCTIONS - DEMISSION -Notion - Volonté non équivoque de cesser ses fonctions (article 96 de la loi du 26 janvier 1984) - Absence - Démission donnée sous la contrainte.
16-06-09, 36-07-01-03, 36-10-08 L'article 96 de la loi du 26 janvier 1984 dispose que la démission ne peut résulter que d'une demande écrite du fonctionnaire marquant sa volonté non équivoque de cesser ses fonctions. Un agent communal convoqué par le maire à la suite de reproches dont il avait fait l'objet de la part de la directrice de l'école où il était employé, a rédigé et signé, au cours de cet entretien, une lettre de démission qui a été aussitôt acceptée, mais a déclaré dès le lendemain revenir sur la démission qu'il avait présentée. Compte tenu des circonstances dans lesquelles elle est intervenue, cette démission doit être regardée comme ayant été donnée sous la contrainte. Annulation de l'arrêté du maire prononçant la radiation des cadres.