Conseil d'Etat, ASSEMBLEE, du 7 juillet 1978, 10830 10569, publié au recueil Lebon
Texte intégral
Conseil d'Etat - ASSEMBLEE
N° 10830 10569
Publié au recueil Lebon
Lecture du vendredi 07 juillet 1978
Président
M. Chenot
Rapporteur
M. Pinault
Commissaire du gouvernement
M. J.F. Théry
RÉPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Considérant que les requêtes du Syndicat des avocats de France et du sieur Gustave X... sont dirigées contre la même circulaire conjointe du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et du Ministre de l'Intérieur ; qu'elles posent à juger des questions semblables ; qu'il y a lieu de les joindre pour y être statué par une seule décision ;
Sur l'intérêt pour agir du Syndicat des Avocats de France : Considérant que la circulaire en cause prévoit les modalités suivant lesquelles les étrangers sous le coup d'un arrêté d'expulsion pourront être détenus à titre provisoire dans l'attente de leur départ de France ; qu'une telle détention, quelles que soient les facilités reconnues aux avocats pour communiquer avec leurs clients étrangers ayant fait l'objet de cette mesure, est de nature à affecter les conditions dans lesquelles pourront s'exercer les droits de la défense des intéressés ; qu'ainsi le syndicat requérant a un intérêt suffisant pour agir contre la circulaire en question ;
Sur l'intérêt pour agir du sieur X... : Considérant que le sieur X..., en qualité d'étranger résidant en France, justifie d'un intérêt pour demander l'annulation de la circulaire attaquée ;
Sur la légalité de la circulaire attaquée : Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes : Considérant, d'une part, qu'il résulte des dispositions de l'article 120 du Code pénal, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 7 février 1933 dont cet article est issu qu'un étranger sous le coup d'une mesure d'expulsion peut être retenu sur "ordre provisoire du Gouvernement" ;
Considérant, d'autre part, qu'aux termes de l'article 28 de l'ordonnance du 2 novembre 1945 "l'étranger qui fait l'objet d'un arrêté d'expulsion et qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français peut, jusqu'à ce qu'il soit en mesure d'y déférer, être astreint, par arrêté du Ministre de l'Intérieur, à résider dans les lieux qui lui sont fixés ... " ; que cette disposition qui donne au Gouvernement le pouvoir d'assigner à résidence les étrangers se trouvant dans la situation prévue à l'article précité, n'exclut pas le droit, pour ledit Gouvernement lorsqu'il l'estime nécessaire, d'ordonner à titre provisoire leur détention en vertu de l'article 120 du Code pénal ci-dessus analysé ;
Considérant toutefois que la circulaire attaquée, prise par le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et par le Ministre de l'Intérieur, édicte dans le cadre de l'article 120 du Code pénal des mesures réglementaires ; que lesdits ministres n'étant pas investis du pouvoir réglementaire, le syndicat des avocats de France et le sieur X... sont fondés à demander l'annulation de l'ensemble des dispositions de ladite circulation comme entachées d'incompétence ;
DECIDE : Article 1er - La circulaire du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et du Ministre de l'Intérieur en date du 21 novembre 1977 est annulée.
Analyse
CETAT01-01-05-03-01 ACTES LEGISLATIFS ET ADMINISTRATIFS - DIFFERENTES CATEGORIES D'ACTES - ACTES ADMINISTRATIFS - NOTION - CARACTERE REGLEMENTAIRE DES INSTRUCTIONS ET CIRCULAIRES - PRESENTE CE CARACTERE - Circulaire du 21 novembre 1977 relative à la situation des étrangers expulsés en instance de départ de France.
CETAT01-09-02 ACTES LEGISLATIFS ET ADMINISTRATIFS - DISPARITION DE L'ACTE - ABROGATION - Abrogation implicite - Absence - Article 120 du code pénal.
CETAT49-05-04-03 POLICE ADMINISTRATIVE - POLICES SPECIALES - POLICE DES ETRANGERS - EXPULSION - Détention provisoire d'un étranger sous le coup d'une mesure d'expulsion - Article 120 du code pénal - [1] Portée. [2] Validité - Absence d'abrogation implicite par l'article 28 de l'ordonnance du 2 novembre 1945. [3] Modalités - Circulaire réglementaire - Incompétence.
CETAT54-01-04-02 PROCEDURE - INTRODUCTION DE L'INSTANCE - INTERET - EXISTENCE D'UN INTERET - Intérêt d'un syndicat d'avocats et d'un étranger résidant en France à demander l'annulation d'une circulaire relative à la situation des étrangers expulsés en instance de départ de France.
54-01-04-02 Le syndicat des avocats de France a intérêt à demander l'annulation d'une circulaire qui prévoit les modalités suivant lesquelles les étrangers sous le coup d'un arrêté d'expulsion pourront être détenus à titre provisoire dans l'attente de leur départ de France, dès lors qu'une telle détention, quelles que soient les facilités reconnues aux avocats pour communiquer avec leurs clients étrangers qui en font l'objet, est de nature à affecter les conditions dans lesquelles pourront s'exercer les droits de la défense des intéressés. Un étranger résidant en France justifie également d'un intérêt pour demander l'annulation de cette circulaire.
49-05-04-03[1] Il résulte des dispositions de l'article 120 du code pénal qu'un étranger sous le coup d'une mesure d'expulsion peut être retenu sur "ordre provisoire du Gouvernement".
01-09-02, 49-05-04-03[2] L'article 28 de l'ordonnance du 2 novembre 1945 qui donne au Gouvernement le pouvoir d'assigner à résidence les étrangers qui font l'objet d'un arrêté d'expulsion et qui justifient être dans l'impossibilité de quitter le territoire français n'exclut pas le droit pour le Gouvernement, lorsqu'il l'estime nécessaire, d'ordonner à titre provisoire leur détention en vertu de l'article 120 du code pénal.
01-01-05-03-01, 49-05-04-03[3] Les ministres de la Justice et de l'Intérieur, n'étant pas investis du pouvoir règlementaire, n'avaient pas compétence pour édicter, par circulaire, des mesures réglementaires dans le cadre de l'article 120 du code pénal.