Conseil d'Etat, Section, du 21 octobre 1988, 68638 69439, publié au recueil Lebon
Texte intégral
Conseil d'Etat - SECTION
N° 68638 69439
Publié au recueil Lebon
Lecture du vendredi 21 octobre 1988
Président
M. Combarnous
Rapporteur
M. Gerville-Réache
Commissaire du gouvernement
M. Van Ruymbeke
RÉPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Considérant que les requêtes de l'ASSOCIATION INTERNATIONALE POUR LA CONSCIENCE DE KRISHNA et autres et de l'ASSOCIATION POUR L'UNIFICATION DU CHRISTIANISME MONDIAL présentent à juger la même question ; qu'il y a lieu de les joindre pour y statuer par une seule décision ; Considérant que le désistement de l'EGLISE DE SCIENTOLOGIE DE PARIS est pur et simple ; que rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte ; Sur la compétence du Conseil d'Etat en premier et dernier ressort : Considérant qu'aux termes de l'article 2 du décret du 30 septembre 1953 : "Le Conseil d'Etat reste compétent pour connaître en premier et dernier ressort : ... 3° des recours dirigés contre les actes administratifs dont le champ d'application s'étend au-delà du ressort d'un seul tribunal administratif" ; Considérant que la décision par laquelle le Premier ministre a fait procéder à la publication par la Documentation française du rapport de M. Alain X... intitulé "Les sectes en France" a eu pour objet et pour effet de porter ce rapport à la connaissance de l'ensemble du public ; qu'ainsi le champ d'application de cette décision s'étend au-delà du ressort d'un seul tribunal administratif ; que le Conseil d'Etat est par suite compétent pour connaître en premier et dernier ressort des requêtes dirigées contre ladite décision ; Sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non recevoir opposée par le Premier ministre en ce qui concerne la requête n° 69 439 :
Considérant, d'une part, que si les requérants font valoir que le rapport de M. X... intitulé "les sectes en France, expressions de la liberté morale ou facteurs de manipulations" méconnaît un certain nombre de principes juridiques ainsi que les dispositions de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des églises et de l'Etat et repose sur des faits matériellement inexacts, les moyens ainsi articulés portent exclusivement sur les analyses et les conclusions du rapport, que le Premier ministre n'a pas entendu s'approprier par le seul fait de la publication incriminée ; qu'ainsi ces moyens ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre de la décision prise par le Premier ministre de faire publier le rapport de M. X... dans la collection de "rapports officiels" de la Documentation française ; Considérant, d'autre part, qu'à l'appui de leurs conclusions dirigées contre la décision de publication prise par le Premier ministre, les requérants n'invoquent la violation d'aucune disposition législative relative à la diffusion de l'information ; Considérant, enfin, qu'en prenant cette décision de publication, le Premier ministre s'est livré à une appréciation d'opportunité qui n'est pas susceptible d'être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir ; que les requérants n'établissenet pas que ladite décision serait entachée de détournement de pouvoir ; Considérant qu'il résulte de ce qui précède que les requêtes de l'ASSOCIATION INTERNATIONALE POUR LA CONSCIENCE DE KRISHNA et autres et de l'ASSOCIATION POUR L'UNIFICATION DU CHRISTIANISME MONDIAL ne peuvent être accueillies ;
Article ler : Il est donné acte du désistement de L'EGLISE DE SCIENTOLOGIE DE PARIS.
Article 2 : Les requêtes de L'ASSOCIATION INTERNATIONALE POUR LACONSCIENCE DE KRISHNA et autres et de l'ASSOCIATION POUR L'UNIFICATION DU CHRISTIANISME MONDIAL sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à l'EGLISE DE SCIENTOLOGIE DE PARIS, à L'ASSOCIATION INTERNATIONALE POUR LA CONSCIENCE DE KRISHNA et autres, à l'ASSOCIATION POUR L'UNIFICATION DU CHRISTIANISME MONDIAL, au Premier ministre et au ministre de l'intérieur.
Analyse
CETAT01-01-05-02-01 ACTES LEGISLATIFS ET ADMINISTRATIFS - DIFFERENTES CATEGORIES D'ACTES - ACTES ADMINISTRATIFS - NOTION - ACTES A CARACTERE DE DECISION - ACTES PRESENTANT CE CARACTERE -Décision du Premier ministre de faire publier un rapport d'un parlementaire dans la collection des rapports officiels de la Documentation française.
CETAT17-05-02-03 COMPETENCE - COMPETENCE A L'INTERIEUR DE LA JURIDICTION ADMINISTRATIVE - COMPETENCE DU CONSEIL D'ETAT EN PREMIER ET DERNIER RESSORT - ACTES ADMINISTRATIFS DONT LE CHAMP D'APPLICATION S'ETEND AU-DELA DU RESSORT D'UN SEUL TRIBUNAL ADMINISTRATIF -Autres cas - Décision du Premier ministre de faire publier un rapport d'un parlementaire dans la collection des rapports officiels de la Documentation française.
CETAT54-01-01-01 PROCEDURE - INTRODUCTION DE L'INSTANCE - DECISIONS POUVANT OU NON FAIRE L'OBJET D'UN RECOURS - ACTES CONSTITUANT DES DECISIONS SUSCEPTIBLES DE RECOURS -Décisions faisant grief - Décisions gouvernementales ou ministérielles - Décision de faire publier un rapport d'un parlementaire dans la collection des rapports officiels de la Documentation française.
CETAT54-07-01-04-03 PROCEDURE - POUVOIRS ET DEVOIRS DU JUGE - QUESTIONS GENERALES - MOYENS - MOYENS INOPERANTS -Décision du Premier ministre de faire publier un rapport d'un parlementaire dans la collection des rapports officiels de la Documentation française - Moyens portant sur les analyses et conclusions du rapport, que le Premier ministre n'a pas entendu s'approprier.
CETAT54-07-02-01 PROCEDURE - POUVOIRS ET DEVOIRS DU JUGE - CONTROLE DU JUGE DE L'EXCES DE POUVOIR - APPRECIATIONS ECHAPPANT AU CONTROLE DU JUGE. -Appréciation par le Premier ministre de l'opportunité de faire publier le rapport d'un parlementaire dans la collection des rapports officiels de la Documentation française.
01-01-05-02-01, 54-01-01-01 La décision par laquelle le Premier ministre a fait procéder à la publication par la Documentation française du rapport de M. Alain Vivien intitulé "Les sectes en France" est un acte faisant grief susceptible d'être déféré au juge de l'excès de pouvoir.
17-05-02-03 La décision par laquelle le Premier ministre a fait procéder à la publication par la Documentation française du rapport de M. Alain Vivien intitulé "Les sectes en France" a eu pour objet et pour effet de porter ce rapport à la connaissance de l'ensemble du public. Ainsi le champ d'application de cette décision s'étend au-delà d'un seul tribunal administratif. Le Conseil d'Etat est par suite compétent pour connaître en premier et dernier ressort des requêtes dirigées contre ladite décision.
54-07-01-04-03 Si les requérants font valoir que le rapport de M. Vivien intitulé "Les sectes en France, expressions de la liberté morale ou facteurs de manipulations", méconnaît un certain nombre de principes juridiques ainsi que les dispositions de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des églises et de l'Etat et repose sur des faits matériellement inexacts, les moyens ainsi articulés portent exclusivement sur les analyses et les conclusions du rapport, que le Premier ministre n'a pas entendu s'approprier par le seul fait de la publication incriminée. Ainsi ces moyens ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre de la décision prise par le Premier ministre de faire publier le rapport de M. Vivien dans la collection des "rapports officiels" de la Documentation française.
54-07-02-01 En prenant la décision de faire publier le rapport de M. Alain Vivien intitulé "Les sectes en France" dans la collection des rapports officiels de la Documentation française, le Premier ministre s'est livré à une appréciation d'opportunité qui n'est pas susceptible d'être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir.