Conseil d'Etat, 1 /10 SSR, du 23 octobre 1989, 93331 93847 93885, publié au recueil Lebon
Texte intégral
Conseil d'Etat - 1 /10 SSR
N° 93331 93847 93885
Publié au recueil Lebon
Lecture du lundi 23 octobre 1989
Président
Mme Bauchet
Rapporteur
M. Daguet
Commissaire du gouvernement
Mme de Clausade
Avocat(s)
S.C.P. Lyon-Caen, Fabiani, Liard, Me Ryziger, Avocat
RÉPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Considérant que les requêtes des communes de Pierrefitte-sur-Seine, Saint-Ouen et Romainville présentent à juger la même question ; qu'il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision ; Considérant que par une délibération en date du 3 mars 1987, le conseil municipal de la commune de Pierrefitte-sur-Seine a voté une subvention de 3 000 F au bénéfice du comité national "Un bateau pour le Nicaragua" ; que par des délibérations du 27 avril 1987 et du 27 mars 1987, les conseils municipaux des communes de Saint-Ouen et de Romainville ont voté des subventions, s'élevant respectivement à 100 000 F et 5 000 F, au bénéfice du comité "93 Solidarité Nicaragua libre" : Considérant qu'aux termes de l'article L. 121-26 du code des communes, que n'a pas abrogé l'article 1er de la loi du 7 janvier 1983 : "le conseil municipal règle par ses délibérations les affaires de la commune" ; Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que l'action entreprise par le comité national "un bateau pour le Nicaragua" et par le comité "93 Solidarité Nicaragua libre", bien qu'avant pour but d'apporter des secours matériels à la population du Nicaragua, se fondait explicitement, en la critiquant, sur l'attitude d'un Etat étranger à l'égard du Nicaragua et imputait aux interventions de cet Etat les difficultés économiques, sanitaires et sociales de la population du Nicaragua ; qu'ainsi, en accordant des subventions à ces comités, les conseils municipaux de Pierrefitte-sur-Seine, de Saint-Ouen et de Romainville ont entendu prendre parti dans un conflit de nature politique ; que, dès lors, les communes de Pierrefitte-sur-Seine, de Saint-Ouen et de Romainville ne sont pas fondées à soutenir que c'est à tort que par les trois jugements attaqués en date du 28 octobre 1987, le tribunal administratif de Paris a annulé les délibérations susmentionnées ;
Article 1er : Les requêtes des communes de Pierrefitte-sur-Seine, de Saint-Ouen et de Romainville sont rejetées.
Article 2 : La présente décision sera notifiée aux communes de Pierrefitte-sur-Seine, de Saint-Ouen et de Romainville, au préfet de la Seine-Saint-Denis et au ministre de l'intérieur.
Analyse
CETAT16-02-01-03-04-05 COMMUNE - ORGANES DE LA COMMUNE - CONSEIL MUNICIPAL - DELIBERATIONS - LEGALITE INTERNE DE LA DELIBERATION - AUTRES DELIBERATIONS -Illégalité des interventions dans un conflit politique - Subventions accordées au comité national "Un bateau pour le Nicaragua" et au comité "93 Solidarité Nicaragua Libre".
16-02-01-03-04-05 Par une délibération en date du 3 mars 1987, le conseil municipal de la commune de Pierrefitte-sur-Seine a voté une subvention de 3 000 F au bénéfice du comité national "Un bateau pour le Nicaragua". Par des délibérations du 27 avril 1987 et du 27 mars 1987, les conseils municipaux des communes de Saint-Ouen et de Romainville ont voté des subventions, s'élevant respectivement à 10 000 F et 5 000 F, au bénéfice du comité "93 Solidarité Nicaragua Libre". L'action entreprise par le comité national "Un bateau pour le Nicaragua" et par le comité "93 Solidarité Nicaragua Libre", bien qu'ayant pour but d'apporter des secours matériels à la population du Nicaragua, se fondait explicitement, en la critiquant, sur l'attitude d'un Etat étranger à l'égard du Nicaragua et imputait aux interventions de cet Etat les difficultés économiques, sanitaires et sociales de la population du Nicaragua. Ainsi, en accordant des subventions à ces comités, les conseils municipaux de Pierrefitte-sur-Seine, de Saint-Ouen et de Romainville ont entendu prendre parti dans un conflit de nature politique. Dès lors, les délibérations susmentionnées étaient entachées d'illégalité.