Code civil
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Version en vigueur au 17 mars 1804
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  • Article 637

    Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

    Une servitude est une charge imposée sur un héritage pour l'usage et l'utilité d'un héritage appartenant à un autre propriétaire.

  • Article 638

    Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

    La servitude n'établit aucune prééminence d'un héritage sur l'autre.

  • Article 639

    Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

    Elle dérive ou de la situation naturelle des lieux, ou des obligations imposées par la loi, ou des conventions entre les propriétaires.

    • Article 640

      Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

      Les fonds inférieurs sont assujettis envers ceux qui sont plus élevés à recevoir les eaux qui en découlent naturellement sans que la main de l'homme y ait contribué.

      Le propriétaire inférieur ne peut point élever de digue qui empêche cet écoulement.

      Le propriétaire supérieur ne peut rien faire qui aggrave la servitude du fonds inférieur.

    • Article 644

      Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

      Celui dont la propriété borde une eau courante, autre que celle qui est déclarée dépendance du domaine public par l'article 538 au titre " De la distinction des biens ", peut s'en servir à son passage pour l'irrigation de ses propriétés.

      Celui dont cette eau traverse l'héritage peut même en user dans l'intervalle qu'elle y parcourt, mais à la charge de la rendre, à la sortie de ses fonds, à son cours ordinaire.

    • Article 645

      Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

      S'il s'élève une contestation entre les propriétaires auxquels ces eaux peuvent être utiles, les tribunaux, en prononçant, doivent concilier l'intérêt de l'agriculture avec le respect dû à la propriété ; et, dans tous les cas, les règlements particuliers et locaux sur le cours et l'usage des eaux doivent être observés.

    • Article 646

      Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

      Tout propriétaire peut obliger son voisin au bornage de leurs propriétés contiguës. Le bornage se fait à frais communs.

    • Article 647

      Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

      Tout propriétaire peut clore son héritage, sauf l'exception portée en l'article 682.

    • Article 648

      Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

      Le propriétaire qui veut se clore perd son droit au parcours et vaine pâture en proportion du terrain qu'il y soustrait.

    • Article 649

      Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

      Les servitudes établies par la loi ont pour objet l'utilité publique ou communale, ou l'utilité des particuliers.

    • Article 650

      Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

      Celles établies pour l'utilité publique ou communale ont pour objet le marchepied le long des rivières navigables ou flottables, la construction ou réparation des chemins et autres ouvrages publics ou communaux.

      Tout ce qui concerne cette espèce de servitude est déterminé par des lois ou des règlements particuliers.

    • Article 651

      Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

      La loi assujettit les propriétaires à différentes obligations l'un à l'égard de l'autre, indépendamment de toute convention.

      • Article 653

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Dans les villes et les campagnes, tout mur servant de séparation entre bâtiments jusqu'à l'héberge, ou entre cours et jardins, et même entre enclos dans les champs, est présumé mitoyen s'il n'y a titre ou marque du contraire.

      • Article 654

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Il y a marque de non-mitoyenneté lorsque la sommité du mur est droite et à plomb de son parement d'un côté, et présente de l'autre un plan incliné.

        Lors encore qu'il n'y a que d'un côté ou un chaperon ou des filets et corbeaux de pierre qui y auraient été mis en bâtissant le mur.

        Dans ces cas, le mur est censé appartenir exclusivement au propriétaire du côté duquel sont l'égout ou les corbeaux et filets de pierre.

      • Article 655

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        La réparation et la reconstruction du mur mitoyen sont à la charge de tous ceux qui y ont droit, et proportionnellement au droit de chacun.

      • Article 656

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Cependant tout copropriétaire d'un mur mitoyen peut se dispenser de contribuer aux réparations et reconstructions en abandonnant le droit de mitoyenneté, pourvu que le mur mitoyen ne soutienne pas un bâtiment qui lui appartienne.

      • Article 657

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Tout copropriétaire peut faire bâtir contre un mur mitoyen, et y faire placer des poutres ou solives dans toute l'épaisseur du mur, à cinquante-quatre millimètres près, sans préjudice du droit qu'a le voisin de faire réduire à l'ébauchoir la poutre jusqu'à la moitié du mur, dans le cas où il voudrait lui-même asseoir des poutres dans le même lieu, ou y adosser une cheminée.

      • Article 659

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Si le mur mitoyen n'est pas en état de supporter l'exhaussement, celui qui veut l'exhausser doit le faire reconstruire en entier à ses frais, et l'excédent d'épaisseur doit se prendre de son côté.

      • Article 662

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        L'un des voisins ne peut pratiquer dans le corps d'un mur mitoyen aucun enfoncement, ni y appliquer ou appuyer aucun ouvrage sans le consentement de l'autre, ou sans avoir, à son refus, fait régler par experts les moyens nécessaires pour que le nouvel ouvrage ne soit pas nuisible aux droits de l'autre.

      • Article 663

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Chacun peut contraindre son voisin, dans les villes et faubourgs, à contribuer aux constructions et réparations de la clôture faisant séparation de leurs maisons, cours et jardins assis ès dites villes et faubourgs : la hauteur de la clôture sera fixée suivant les règlements particuliers ou les usages constants et reconnus et, à défaut d'usages et de règlements, tout mur de séparation entre voisins, qui sera construit ou rétabli à l'avenir, doit avoir au moins trente-deux décimètres de hauteur, compris le chaperon, dans les villes de cinquante mille âmes et au-dessus, et vingt-six décimètres dans les autres.

      • Article 665

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Lorsqu'on reconstruit un mur mitoyen ou une maison, les servitudes actives et passives se continuent à l'égard du nouveau mur ou de la nouvelle maison, sans toutefois qu'elles puissent être aggravées, et pourvu que la reconstruction se fasse avant que la prescription soit acquise.

      • Article 674

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Celui qui fait creuser un puits ou une fosse d'aisance près d'un mur mitoyen ou non,

        Celui qui veut y construire cheminée ou âtre, forge, four ou fourneau,

        Y adosser une étable,

        Ou établir contre ce mur un magasin de sel ou amas de matières corrosives,

        Est obligé à laisser la distance prescrite par les règlements et usages particuliers sur ces objets, ou à faire les ouvrages prescrits par les mêmes règlements et usages, pour éviter de nuire au voisin.

      • Article 675

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        L'un des voisins ne peut, sans le consentement de l'autre, pratiquer dans le mur mitoyen aucune fenêtre ou ouverture, en quelque manière que ce soit, même à verre dormant.

      • Article 676

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Le propriétaire d'un mur non mitoyen, joignant immédiatement l'héritage d'autrui, peut pratiquer dans ce mur des jours ou fenêtres à fer maillé et verre dormant.

        Ces fenêtres doivent être garnies d'un treillis de fer dont les mailles auront un décimètre (environ trois pouces huit lignes) d'ouverture au plus et d'un châssis à verre dormant.

      • Article 677

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Ces fenêtres ou jours ne peuvent être établis qu'à vingt-six décimètres (huit pieds) au-dessus du plancher ou sol de la chambre qu'on veut éclairer, si c'est à rez-de-chaussée, et à dix-neuf décimètres (six pieds) au-dessus du plancher pour les étages supérieurs.

      • Article 680

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        La distance dont il est parlé dans les deux articles précédents se compte depuis le parement extérieur du mur où l'ouverture se fait, et, s'il y a balcons ou autres semblables saillies, depuis leur ligne extérieure jusqu'à la ligne de séparation des deux propriétés.

      • Article 681

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Tout propriétaire doit établir des toits de manière que les eaux pluviales s'écoulent sur son terrain ou sur la voie publique ; il ne peut les faire verser sur le fonds de son voisin.

      • Article 686

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Il est permis aux propriétaires d'établir sur leurs propriétés, ou en faveur de leurs propriétés, telles servitudes que bon leur semble, pourvu néanmoins que les services établis ne soient imposés ni à la personne, ni en faveur de la personne, mais seulement à un fonds et pour un fonds, et pourvu que ces services n'aient d'ailleurs rien de contraire à l'ordre public.

        L'usage et l'étendue des servitudes ainsi établies se règlent par le titre qui les constitue ; à défaut de titre, par les règles ci-après.

      • Article 687

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Les servitudes sont établies ou pour l'usage des bâtiments, ou pour celui des fonds de terre.

        Celles de la première espèce s'appellent " urbaines ", soit que les bâtiments auxquels elles sont dues soient situés à la ville ou à la campagne.

        Celles de la seconde espèce se nomment " rurales ".

      • Article 688

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Les servitudes sont ou continues, ou discontinues.

        Les servitudes continues sont celles dont l'usage est ou peut être continuel sans avoir besoin du fait actuel de l'homme : tels sont les conduites d'eau, les égouts, les vues et autres de cette espèce.

        Les servitudes discontinues sont celles qui ont besoin du fait actuel de l'homme pour être exercées : tels sont les droits de passage, puisage, pacage et autres semblables.

      • Article 689

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Les servitudes sont apparentes ou non apparentes.

        Les servitudes apparentes sont celles qui s'annoncent par des ouvrages extérieurs, tels qu'une porte, une fenêtre, un aqueduc.

        Les servitudes non apparentes sont celles qui n'ont pas de signe extérieur de leur existence, comme, par exemple, la prohibition de bâtir sur un fonds, ou de ne bâtir qu'à une hauteur déterminée.

      • Article 690

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Les servitudes continues et apparentes s'acquièrent par titre, ou par la possession de trente ans.

      • Article 691

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Les servitudes continues non apparentes, et les servitudes discontinues apparentes ou non apparentes, ne peuvent s'établir que par titres.

        La possession même immémoriale ne suffit pas pour les établir, sans cependant qu'on puisse attaquer aujourd'hui les servitudes de cette nature déjà acquises par la possession, dans les pays où elles pouvaient s'acquérir de cette manière.

      • Article 692

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        La destination du père de famille vaut titre à l'égard des servitudes continues et apparentes.

      • Article 693

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Il n'y a destination du père de famille que lorsqu'il est prouvé que les deux fonds actuellement divisés ont appartenu au même propriétaire, et que c'est par lui que les choses ont été mises dans l'état duquel résulte la servitude.

      • Article 694

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Si le propriétaire de deux héritages entre lesquels il existe un signe apparent de servitude, dispose de l'un des héritages sans que le contrat contienne aucune convention relative à la servitude, elle continue d'exister activement ou passivement en faveur du fonds aliéné ou sur le fonds aliéné.

      • Article 695

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Le titre constitutif de la servitude, à l'égard de celles qui ne peuvent s'acquérir par la prescription, ne peut être remplacé que par un titre récognitif de la servitude, et émané du propriétaire du fonds asservi.

      • Article 696

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Quand on établit une servitude, on est censé accorder tout ce qui est nécessaire pour en user.

        Ainsi la servitude de puiser l'eau à la fontaine d'autrui emporte nécessairement le droit de passage.

      • Article 697

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Celui auquel est due une servitude a droit de faire tous les ouvrages nécessaires pour en user et pour la conserver.

      • Article 698

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Ces ouvrages sont à ses frais, et non à ceux du propriétaire du fonds assujetti, à moins que le titre d'établissement de la servitude ne dise le contraire.

      • Article 699

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Dans le cas même où le propriétaire du fonds assujetti est chargé par le titre de faire à ses frais les ouvrages nécessaires pour l'usage ou la conservation de la servitude, il peut toujours s'affranchir de la charge, en abandonnant le fonds assujetti au propriétaire du fonds auquel la servitude est due.

      • Article 700

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Si l'héritage pour lequel la servitude a été établie vient à être divisé, la servitude reste due pour chaque portion, sans néanmoins que la condition du fonds assujetti soit aggravée.

        Ainsi, par exemple, s'il s'agit d'un droit de passage, tous les copropriétaires seront obligés de l'exercer par le même endroit.

      • Article 701

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Le propriétaire du fonds débiteur de la servitude ne peut rien faire qui tende à en diminuer l'usage, ou à le rendre plus incommode.

        Ainsi, il ne peut changer l'état des lieux, ni transporter l'exercice de la servitude dans un endroit différent de celui où elle a été primitivement assignée.

        Mais cependant, si cette assignation primitive était devenue plus onéreuse au propriétaire du fonds assujetti, ou si elle l'empêchait d'y faire des réparations avantageuses, il pourrait offrir au propriétaire de l'autre fonds un endroit aussi commode pour l'exercice de ses droits, et celui-ci ne pourrait pas le refuser.

      • Article 702

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        De son côté, celui qui a un droit de servitude ne peut en user que suivant son titre, sans pouvoir faire, ni dans le fonds qui doit la servitude, ni dans le fonds à qui elle est due, de changement qui aggrave la condition du premier.

      • Article 703

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Les servitudes cessent lorsque les choses se trouvent en tel état qu'on ne peut plus en user.

      • Article 704

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Elles revivent si les choses sont rétablies de manière qu'on puisse en user ; à moins qu'il ne se soit déjà écoulé un espace de temps suffisant pour faire présumer l'extinction de la servitude, ainsi qu'il est dit à l'article 707.

      • Article 705

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Toute servitude est éteinte lorsque le fonds à qui elle est due, et celui qui la doit, sont réunis dans la même main.

      • Article 706

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        La servitude est éteinte par le non-usage pendant trente ans.

      • Article 707

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Les trente ans commencent à courir, selon les diverses espèces de servitudes, ou du jour où l'on a cessé d'en jouir, lorsqu'il s'agit de servitudes discontinues, ou du jour où il a été fait un acte contraire à la servitude, lorsqu'il s'agit de servitudes continues.

      • Article 708

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Le mode de la servitude peut se prescrire comme la servitude même, et de la même manière.

      • Article 709

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Si l'héritage en faveur duquel la servitude est établie appartient à plusieurs par indivis, la jouissance de l'un empêche la prescription à l'égard de tous.

      • Article 710

        Création Loi 1804-01-31 promulguée le 10 février 1804

        Si, parmi les copropriétaires, il s'en trouve un contre lequel la prescription n'ait pu courir, comme un mineur, il aura conservé le droit de tous les autres.

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