Tribunal des conflits, du 8 novembre 1982, 02269, publié au recueil Lebon
Texte intégral
Tribunal des conflits
N° 02269
Publié au recueil Lebon
Lecture du lundi 08 novembre 1982
Président
M. Jégu
Rapporteur
M. de Bresson
Commissaire du gouvernement
M. Picca
RÉPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Considérant, en premier lieu, que la société d'économie mixte dénommée " société d'équipement de Toulouse Midi-Pyrénées " SETOMIP est une personne morale de droit privé, bien qu'en vertu d'une convention passée le 9 octobre 1958 avec la ville de Toulouse elle soit investie de la mission de service public de rénover un quartier de cette ville ; Cons., en deuxième lieu, que le contrat, en date des 29 juin et 6 juillet 1967, par lequel la " SETOMIP " a cédé à la " société civile immobilière Résidence Lucas ", un terrain en vue de la construction d'un immeuble à usage commercial et d'habitation, n'a pas été passé par elle en sa qualité de mandataire de la ville de Toulouse mais en tant que personne morale de droit privé ; qu'ainsi ce contrat, qui est conclu entre deux personnes privées n'est pas, bien qu'il se réfère aux stipulations du cahier des charges adopté par la " SETOMIP " pour l'exécution de sa mission de rénovation et approuvé par un arrêté préfectoral en date du 16 juillet 1965, et à supposer même qu'il contienne des clauses exorbitantes du droit commun, un contrat de droit public ;
Cons., en troisième lieu, que le présent litige a pour objet l'indemnisation du préjudice qu'auraient subi la " société civile immobilière Résidence Lucas " et M. X... à raison de la non-exécution par la " SETOMIP " de l'engagement qu'elle a souscrit envers la première de ces sociétés d'aménager, au droit de l'immeuble concerné, une place piétonnière et de réserver à ladite société des emplacements publicitaires dans une voie d'accès à un parc de stationnement public ; que ce litige, alors même que la situation susdécrite aurait pour origine des modifications de conception ou d'affectation de ces ouvrages publics, par l'adoption ultérieure par la ville de Toulouse d'un plan d'occupation des sols, tend à l'application des clauses d'un contrat intervenu entre des personnes morales de droit privé et met en jeu les règles du droit privé ; Cons. qu'il résulte de tout ce qui précède que les juridictions de l'ordre judiciaire sont seules compétentes pour connaître de l'action engagée par la " société civile immobilière Résidence Lucas " et M. X... contre la " SETOMIP " ; qu'ainsi le conflit ne pouvait être légalement élevé par le Commissaire de la République ;
annulation de l'arrêté de conflit .
Analyse
CETAT17-03-02-03-01,RJ1 COMPETENCE - REPARTITION DES COMPETENCES ENTRE LES DEUX ORDRES DE JURIDICTION - COMPETENCE DETERMINEE PAR UN CRITERE JURISPRUDENTIEL - CONTRATS - CONTRATS DE DROIT PRIVE - Contrat passé avec une personne privée par une société d'économie mixte d'aménagement n'agissant pas pour le compte d'une collectivité publique [1].
CETAT39-01-02-02,RJ1 MARCHES ET CONTRATS ADMINISTRATIFS - NOTION DE CONTRAT ADMINISTRATIF - NATURE DU CONTRAT - CONTRATS N'AYANT PAS UN CARACTERE ADMINISTRATIF - Contrat passé avec une personne privée par une société d'économie mixte d'aménagement n'agissant pas pour le compte d'une collectivité publique [1].
17-03-02-03-01, 39-01-02-02 Société d'économie mixte, chargée par une convention avec la ville de Toulouse de la mission de service public de rénover un quartier de la ville, ayant cédé par contrat à une société privée un terrain en vue de la construction d'un immeuble à usage commercial et d'habitation. Ce contrat n'a pas été passé par la S.E.M. en sa qualité de mandataire de la ville de Toulouse mais en tant que personne morale de droit privé [1]. Ainsi ce contrat, qui est conclu entre deux personnes privées n'est pas, bien qu'il se réfère aux stipulations du cahier des charges adopté par la S.E.M. pour l'exécution de sa mission de rénovation et approuvé par un arrêté préfectoral et à supposer même qu'il contienne des clauses exorbitantes du droit commun, un contrat de droit public. Compétence judiciaire, par suite, pour connaître du litige né du refus de la société d'économie mixte d'indemniser le préjudice subi par la société privée à raison de l'inexécution de l'engagement d'aménager, au droit de l'immeuble concerné, une place piétonnière et de réserver des emplacements publicitaires dans une voie d'accès à un parc de stationnement, alors même que la situation ainsi décrite ait eu pour origine la modification de conception ou d'affectation de ces ouvrages publics à la suite de l'adoption d'un P.O.S. par la ville de Toulouse.
1. COMP. 1975-05-30, société d'équipement de la région montpelliéraine, p. 326 ; T. C., 1975-07-07, commune d'Agde, p. 798