Cour Administrative d'Appel de Marseille, 7ème chambre - formation à 3, 10/07/2012, 10MA02757, Inédit au recueil Lebon

Références

Cour Administrative d'Appel de Marseille

N° 10MA02757   
Inédit au recueil Lebon
7ème chambre - formation à 3
M. MOUSSARON, président
M. René CHANON, rapporteur
M. DELIANCOURT, rapporteur public
KUHN-MASSOT, avocat


lecture du mardi 10 juillet 2012
REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS



Texte intégral

Vu la requête, enregistrée au greffe de la cour administrative d'appel de Marseille le 19 juillet 2010 sous le n° 10MA02757, présentée pour M. Selahattin A, demeurant ..., par Me Kuhn-Massot, avocat ;

M. A demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 1002505 du 22 juin 2010 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2010 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
..................................................................................................

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Vu le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Vu le code de justice administrative ;

Vu la décision du président de la formation de jugement de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 26 juin 2012 :

- le rapport de M. Chanon, premier conseiller ;

- et les observations de Me Kuhn-Massot pour M. A ;

Considérant que, par jugement du 22 juin 2010, le tribunal administratif de Marseille a rejeté la demande de M. A, de nationalité turque, tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2010 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ; que M. A relève appel de ce jugement ;

Considérant, en premier lieu, que M. A ne rapporte pas la preuve, notamment pour les années 1999, 2000 et 2006 pour lesquelles des pièces insuffisamment probantes sont produites, de ce qu'il aurait résidé habituellement en France depuis l'année 1998 ; qu'en particulier, le passeport versé aux débats, qui ne couvre pas la totalité de période invoquée, ne le démontre pas alors même qu'il est dépourvu de " tampons d'entrée ou de sortie " du territoire français ; que, par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché l'arrêté en litige d'une erreur de fait doit être écarté ;

Considérant, en deuxième lieu, qu'aux termes du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit " à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus " ; qu'aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; que, ainsi qu'il vient d'être dit, M. A, né en 1960, ne démontre pas qu'il réside habituellement en France depuis 1998 comme il le soutient ; qu'il n'apporte pas d'éléments probants, en dehors des refus d'asile politique qui lui ont été opposés par l'office français de protection des réfugiés et apatride et la commission des recours des réfugiés, respectivement les 25 avril et 2 octobre 1990, de nature à établir les conditions et la durée de son premier séjour sur le territoire national ; qu'il n'invoque aucune attache particulière, de nature privée ou familiale, en France ; que son épouse et neuf de ses dix enfants résident en Turquie ; que, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu notamment de la durée et des conditions de séjour en France de M. A, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ; qu'ainsi, ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont été méconnues ;

Considérant, en troisième lieu, que, dans ces conditions, l'administration n'a pas apprécié de façon manifestement erronée la situation personnelle de M. A au regard de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Considérant, en quatrième et dernier lieu, que, pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire français à destination de la Turquie n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de M. A ;

Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande ; que, par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;


D É C I D E :


Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. Selahattin A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.



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N° 10MA02757
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Analyse

Abstrats : 335-01-03-04 Étrangers. Séjour des étrangers. Refus de séjour. Motifs.